Analyse sur le virage démographique du Québec 

Marché immobilier du Québec 2026 : Le grand virage démographique
Analyse · Marché immobilier

Le grand virage démographique du Québec : quels impacts pour le multilogement en 2026 ?

De 175 000 immigrants nets en 2023 à seulement 465 en 2025 — un renversement historique qui redessine le paysage de l’habitation au Québec.

D’après la présentation de Francis Cortellino, économiste à la SCHL · Mars 2026

La plus récente analyse de la SCHL sur le marché immobilier québécois, présentée par l’économiste Francis Cortellino en mars 2026, livre un portrait fascinant : celui d’un marché en pleine transition, bousculé par un virage démographique sans précédent, des tensions commerciales internationales et une construction locative qui atteint des sommets historiques.

Voici les faits saillants et ce qu’ils signifient pour les investisseurs, promoteurs et acteurs du multilogement.

Un effondrement migratoire historique

C’est la donnée la plus frappante de cette analyse : le solde migratoire international du Québec est passé de 175 000 personnes en 2023 — un record absolu — à un maigre 465 personnes en 2025, soit le niveau le plus faible depuis au moins 1972.

175 k
Migration nette 2023
140 k
Migration nette 2024
465
Migration nette 2025
Graphique du solde migratoire international du Québec — creux historique en 2025
Source : SCHL / Statistique Canada · Solde migratoire international — Province de Québec. En 2025, le solde tombe à 465 personnes, un creux historique.

Ce renversement spectaculaire s’explique par les politiques fédérales et provinciales de réduction de l’immigration temporaire et permanente. Après des années de records qui avaient alimenté une demande locative insatiable, la courbe s’est littéralement inversée.

L’impact sur la demande de logement

Pour mettre ces chiffres en perspective : entre 2022 et 2023, le Québec accueillait l’équivalent de la population de Sherbrooke en immigrants nets chaque année. En 2025, il en accueille moins qu’une petite école. L’effet sur le marché locatif est direct et très important.

Les étudiants internationaux, qui louaient massivement sur le marché locatif privé, représentent une part significative de cette baisse. Les inscriptions universitaires totales restent stables, mais la composition a changé : moins d’étudiants internationaux, plus d’étudiants locaux — et ces derniers n’ont pas le même impact sur la demande de logements.

Aucun élément majeur ne viendra stimuler le marché en 2026 : incertitude commerciale, croissance démographique en berne et taux d’intérêt bas mais stables.
— Analyse SCHL, mars 2026
♦ ♦ ♦

Le marché de la revente : stabilité sous tension

Malgré ce contexte, le marché de la revente résidentielle au Québec reste résilient. Les ventes Centris ont rebondi à 97 200 transactions en 2025, en hausse de 8 % par rapport à 2024. Cependant, le rythme annualisé début 2026 (94 800 en janvier-février) suggère un plafonnement.

Graphique des ventes Centris au Québec montrant le rebond de 2024-2025
Source : Centris / SCHL · Ventes Centris — Province de Québec. Rebond notable après le creux de 2023.

Les prévisions 2026 tablent sur une stabilité ou légère croissance des ventes. Côté prix, la hausse devrait se poursuivre mais à un rythme plus modéré qu’en 2025, où la croissance annuelle atteignait 8,1 %.

8,1 %
Hausse prix 2025
+6 %
Prix janv.-fév. 2026 vs 2025
36 800
Inscriptions en vigueur (fév. 2026)
Graphique de la croissance annuelle des prix Centris moyens au Québec
Source : Centris / SCHL · Croissance annuelle (%) du prix Centris moyen. Le rebond des prix en 2024-2025 est notable.

Un point clé pour les acteurs du marché : l’offre reste limitée. Les marchés de Montréal et Québec demeurent largement à l’avantage des vendeurs, tant pour les unifamiliales que les copropriétés, à l’exception du Centre-ville de Montréal.

♦ ♦ ♦

Construction neuve : le locatif domine, le condo s’efface

C’est l’une des tendances structurelles les plus marquantes de cette analyse. Le Québec connaît une transformation profonde de sa production de logements neufs.

Mises en chantier : 2025, une année record (hors pandémie)

Avec 59 900 mises en chantier en 2025, le Québec a connu sa meilleure année depuis 1987 si l’on exclut la période pandémique. Mais ce sont les appartements locatifs qui tirent le jeu.

Graphique des mises en chantier au Québec — rebond 2024-2025
Source : SCHL · Mises en chantier — Province de Québec. 2025 est la meilleure année depuis 1987, hors pandémie.

Le locatif : un record historique absolu

La construction d’appartements locatifs a atteint 42 800 unités en 2025 — un record historique sans précédent. Pour mettre cela en perspective, on ne construisait que 5 600 unités locatives par an entre 2010 et 2014. La multiplication par près de huit en une décennie est phénoménale.

Graphique des mises en chantier locatives — record historique en 2025
Source : SCHL · Mises en chantier de logements locatifs. Le record de 42 800 unités en 2025 est sans précédent.
5 600
Locatifs/an (2010-2014)
42 800
Locatifs en 2025
×8
Multiplication en 10 ans

Cette tendance se généralise à l’ensemble du territoire québécois. En 2025, il s’est construit davantage d’appartements locatifs que de maisons unifamiliales dans toutes les régions métropolitaines.

Le condo neuf : un marché en hibernation

À l’inverse, les mises en chantier de copropriétés restent anémiques : seulement 2 500 unités en 2025, contre 14 000 par an lors de l’âge d’or du condo (2010-2014). L’écart de prix entre le neuf et l’existant reste trop important pour relancer ce segment.

Graphique des mises en chantier de copropriétés — niveaux très faibles
Source : SCHL · Mises en chantier de copropriétés. Seulement 2 500 unités en 2025, contre 14 000/an à l’époque 2010-2014.
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Marché locatif : la grande détente

C’est ici que la démographie croise directement le multilogement. La combinaison d’une offre en forte hausse et d’une demande en ralentissement produit un rééquilibrage significatif du marché locatif québécois.

1,3 %
Taux d’inoccupation 2023
1,8 %
Taux d’inoccupation 2024
2,7 %
Taux d’inoccupation 2025
Graphique montrant la détente du marché locatif depuis 2024
Source : SCHL · L’offre croît plus vite que la demande : détente progressive du marché locatif depuis 2024.

Le taux d’inoccupation a doublé en deux ans, passant de 1,3 % en 2023 à 2,7 % en 2025. Mais paradoxalement, la hausse du loyer moyen s’est accélérée en 2025, atteignant 7,2 % (contre 6,2 % en 2024). Comment expliquer cela ?

Deux dynamiques de loyer bien distinctes

Nouveau locataire vs locataire en place

Nouveau locataire : la hausse du loyer moyen ralentit — passant de 17,4 % en 2024 à 15,8 % en 2025.

Même locataire : la hausse s’accélère — de 4,8 % en 2024 à 6,1 % en 2025.

Les propriétaires rattrapent progressivement l’écart accumulé avec les loyers de marché pour les locataires en place, tandis que la pression sur les nouveaux baux commence à se relâcher.

Le neuf locatif : des signaux de prudence

Pour les appartements neufs (construits depuis moins de 3 ans), les taux d’inoccupation ont bondi de manière significative en 2025 :

Taux d'inoccupation des appartements neufs dans les grandes régions du Québec
Source : SCHL · Taux d’inoccupation des appartements construits depuis moins de 3 ans. Un changement radical.
6 %
Vacance neuf — Québec
8 %
Vacance neuf — Montréal
10 %
Vacance neuf — Gatineau

Sur le terrain, les échos du marché confirment cette détente : l’écoulement des logements neufs est plus lent, des promotions (mois gratuit, stationnement offert) apparaissent dans certains projets, et les hausses de loyer dans le neuf sont nulles ou très faibles.

♦ ♦ ♦

2026 et au-delà : ce qu’il faut surveiller

La SCHL anticipe une poursuite de la détente du marché locatif en 2026, et même en 2027. Plusieurs facteurs convergent :

Facteurs à surveiller pour le marché locatif en 2026
Source : SCHL · Les éléments clés pour le marché locatif en 2026.

Les 4 facteurs clés pour 2026

1. Migration internationale : la réduction du nombre d’immigrants permanents et temporaires freinera la demande locative.

2. Construction en cours : des milliers d’unités locatives sont présentement en chantier et arriveront sur le marché.

3. Accession à la propriété : les nouvelles règles hypothécaires (amortissement 30 ans pour le neuf) pourraient détourner certains locataires vers l’achat.

4. Marché de l’emploi : un marché plus difficile pour les jeunes pourrait aussi limiter la formation de nouveaux ménages.

Toutefois, les promoteurs gardent le cap : plusieurs projets locatifs restent dans leur pipeline. Seuls certains secteurs où de nombreux projets ont été récemment livrés suscitent un peu moins d’intérêt.

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Ce que ça signifie pour les acteurs du multilogement

Cette analyse SCHL dessine un marché en transition. Voici les enseignements clés :

Pour les investisseurs : le contexte appelle à la sélectivité. Le marché locatif se détend, les taux d’inoccupation montent dans le neuf, et les hausses de loyer pour les nouveaux baux ralentissent. Les immeubles existants bien situés, avec des loyers en deçà du marché, conservent un potentiel de rattrapage.

Pour les promoteurs : la fenêtre d’opportunité pour le locatif reste ouverte, mais la prudence est de mise dans le choix des emplacements. Les secteurs saturés de livraisons récentes commencent à montrer des signes de digestion.

Pour le marché dans son ensemble : le Québec vit un moment charnière. Après des années de pénurie aiguë, la construction locative atteint des niveaux historiques au moment même où la demande démographique se contracte brutalement. Ce rééquilibrage est sain à long terme, mais il pourrait créer des frictions à court terme pour les projets mal calibrés.

De moins en moins de Québécois déménagent : 700 000 en 2025 (8 % de la population), contre 945 000 en 2003 (13 %). La mobilité résidentielle en baisse est un facteur structurel qui limite le dynamisme du marché.
— Données ISQ, analyse SCHL

Le marché immobilier québécois de 2026 n’est ni en crise ni en euphorie — il est en transition. Et comme toute transition, il récompensera ceux qui savent lire les signaux et s’adapter à la nouvelle réalité démographique.

Parlons de votre projet

Un marché en transition, c’est aussi un marché d’opportunités.

Que vous soyez investisseur aguerri, promoteur en quête de financement ou propriétaire d’un immeuble multilogement, les données sont claires : le marché se transforme, et votre stratégie de financement doit s’adapter.

En tant que courtier hypothécaire commercial, j’accompagne chaque jour des investisseurs et promoteurs dans le financement de projets multilogements à travers le Québec. Je peux vous aider à :

  • Structurer le financement optimal pour votre acquisition ou refinancement
  • Naviguer les meilleures options de prêt commercial (SCHL assuré, conventionnel, privé)
  • Analyser la rentabilité de votre projet à la lumière des tendances actuelles du marché
  • Évaluer l’impact des taux d’inoccupation et des loyers sur votre capacité d’emprunt
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